Agriculture régénérative : comment régénérer durablement les sols agricoles?

L’agriculture régénérative place le fonctionnement du sol au centre du système de culture.

L’agriculture régénérative place le fonctionnement du sol au centre du système de culture.
L’objectif n’est pas simplement de maintenir une parcelle en état. Il s’agit de créer progressivement de meilleures conditions pour les racines, l’eau, les éléments nutritifs et la vie biologique du sol.
Pour les producteurs de céréales, pommes de terre, betteraves et autres grandes cultures, cette approche repose avant tout sur une question :
“Comment produire aujourd’hui sans diminuer le potentiel du sol pour les prochaines campagnes ?”
Il n’existe pas de recette unique. Les pratiques doivent être adaptées au type de sol, au climat, à la rotation, au matériel disponible et aux objectifs de l’exploitation.

Qu’est-ce que l’agriculture régénérative ?

L’agriculture régénérative regroupe différentes pratiques visant à améliorer le fonctionnement des sols agricoles sur le long terme.

Elle accorde notamment de l’importance à la couverture du sol, la diversité des cultures, les racines vivantes, la matière organique, la réduction des perturbations inutiles et l’activité biologique.

Elle est proche de certains principes de l’agriculture de conservation des sols.

L’INRAE identifie notamment trois leviers étroitement liés : réduction du travail du sol, couverture produisant et restituant de la biomasse et diversification des rotations. L’objectif n’est donc pas simplement de supprimer une pratique.

Régénérer un sol consiste à améliorer progressivement son fonctionnement.

Pourquoi la matière organique est-elle si importante ?

Un système régénératif a besoin de carbone.
Les résidus de culture, les racines, les couverts végétaux et les apports organiques constituent différentes sources de matière organique.
Cette matière intervient dans plusieurs fonctions :

  • alimentation des organismes du sol ;
  • formation des agrégats ;
  • rétention des éléments nutritifs ;
  • infiltration et stockage de l’eau ;
  • maintien du stock de carbone organique.

Mais toutes les matières organiques ne se comportent pas de la même manière.
Certaines sont rapidement décomposées. D’autres contribuent plus durablement au stock organique.

Pour comprendre ces différences, consultez notre dossier consacré à la matière organique du sol.La matière organique n’est pas seulement un chiffre sur une analyse. C’est l’un des moteurs du sol.

Faut-il arrêter de labourer pour pratiquer l’agriculture régénérative ?

Pas nécessairement.
Réduire l’intensité du travail du sol peut limiter certaines perturbations physiques et biologiques, mais passer directement au non-labour n’est pas automatiquement bénéfique dans toutes les situations.
Le résultat dépend notamment du sol, de la rotation, des adventices, du climat, du matériel et de l’historique de la parcelle.
L’INRAE rappelle d’ailleurs que les effets de la réduction ou de l’arrêt du labour sont complexes et que les bénéfices attendus doivent être évalués avec leurs éventuelles contreparties.
Le principe le plus intéressant est donc :

travailler le sol autant que nécessaire, mais aussi peu que possible lorsque les conditions le permettent.

L’agriculture régénérative n’est pas une compétition pour savoir qui travaille le moins son sol. C’est une recherche d’équilibre.

Pourquoi garder le sol couvert ?

Un sol nu est directement exposé :

  • aux fortes pluies ;
  • au ruissellement ;
  • à l’érosion ;
  • aux fortes températures ;
  • à l’évaporation.

Les cultures intermédiaires et couverts végétaux permettent de prolonger la présence de végétation et de racines entre deux cultures commerciales.

Ils peuvent produire de la biomasse, capter certains éléments nutritifs et alimenter le sol en carbone lors de leur restitution.

Les racines créent également une interaction permanente entre la plante et les micro-organismes présents dans la rhizosphère.

Un couvert n’occupe pas simplement l’espace entre deux récoltes. Il maintient le système sol-plante en fonctionnement.

Pourquoi diversifier les rotations ?

Une rotation diversifiée sollicite le sol de différentes manières.

Les cultures ne possèdent pas toutes :

  • le même système racinaire ;
  • les mêmes besoins nutritifs ;
  • les mêmes dates d’implantation ;
  • les mêmes résidus ;
  • les mêmes sensibilités aux maladies et ravageurs.

Alterner les espèces permet donc de rompre certains cycles biologiques et de diversifier les ressources disponibles dans le sol.

Des travaux de l’INRAE sur les grandes cultures françaises montrent également qu’une plus grande diversité dans les successions culturales peut contribuer à réduire la dépendance aux pesticides.

Plus la rotation est diversifiée, plus le système dispose de leviers différents.

Quel rôle joue la vie biologique du sol ?

Un sol agricole n’est pas seulement composé d’argile, de limon et de sable.

Il abrite également bactéries, champignons, vers de terre, microfaune et organismes associés aux racines.

Ces organismes participent à la décomposition des résidus et au recyclage des éléments nutritifs.

Certains champignons forment également des associations mycorhiziennes avec les racines et peuvent augmenter la zone de sol explorée par la plante.

Pour favoriser cette activité biologique, plusieurs facteurs sont importants : matière organique, racines vivantes, diversité végétale, structure, humidité et perturbations maîtrisées.

La vie biologique ne peut cependant pas être considérée indépendamment des propriétés physiques et chimiques.

Pour aller plus loin sur la CEC, la microbiologie, les mycorhizes et la disponibilité des éléments, consultez notre page sur l’amélioration de la fertilité du sol.

Agriculture régénérative et eau : quel intérêt ?

La gestion de l’eau devient un enjeu majeur pour de nombreuses exploitations.

Une meilleure structure, davantage de racines et une couverture du sol peuvent influencer l’infiltration, le ruissellement, l’évaporation et la réserve en eau du sol.

Les résultats ne sont toutefois pas instantanés.

Des recherches récentes de l’INRAE sur des systèmes associant couverture, réduction du travail du sol et diversification montrent que les propriétés hydriques du sol peuvent évoluer sur plusieurs années et que l’effet varie selon les types de sols.

C’est un point essentiel :

la régénération du sol se mesure sur plusieurs campagnes, pas après un seul apport ou un seul couvert.

Peut-on réduire les engrais grâce à l’agriculture régénérative ?

L’objectif n’est pas de supprimer automatiquement toute fertilisation.
Une culture continue d’exporter des éléments nutritifs lors de la récolte. Ces exportations doivent être intégrées dans le raisonnement agronomique.
En revanche, améliorer le fonctionnement du sol peut permettre de mieux valoriser les ressources disponibles.
Une stratégie cohérente cherche donc à recycler davantage, limiter les pertes, améliorer la disponibilité et apporter ce qui manque.
La fertilisation doit rester adaptée à l’analyse du sol, aux besoins de la culture et au niveau de rendement recherché.

Régénérer ne signifie pas arrêter de fertiliser. Cela signifie mieux raisonner le système.

Comment savoir si mon sol se régénère réellement ?

Il faut mesurer.

L’agriculture régénérative ne devrait pas reposer uniquement sur l’observation visuelle de la parcelle.
Suivez plusieurs indicateurs dans le temps, par exemple :

Matière organique
Le stock augmente-t-il, reste-t-il stable ou diminue-t-il ?

Structure
Observez-vous davantage d’agrégats stables, de porosité et un meilleur enracinement ?

Infiltration
L’eau entre-t-elle facilement dans le sol ou ruisselle-t-elle rapidement ?

Biologie
Observez-vous une activité biologique et racinaire plus importante ?

Fertilité chimique
Comment évoluent le pH, la CEC et la disponibilité des éléments ?

Rendement et régularité
La culture conserve-t-elle son potentiel dans des conditions plus difficiles ?
Une analyse ponctuelle constitue un point de départ.

Des mesures répétées montrent une évolution.

Par où commencer en agriculture régénérative ?

Il n’est pas nécessaire de modifier tout le système en une seule campagne.

Commencez par identifier le facteur qui limite actuellement votre parcelle.

Manque de matière organique ?
Battance ?
Mauvaise infiltration ?
Faible activité biologique ?
Rotation peu diversifiée ?
Structure compactée ?

Choisissez ensuite les leviers correspondant à ce problème.

Pour certaines parcelles, cela peut signifier davantage de couverts.

Pour d’autres, une évolution du travail du sol ou de la rotation sera prioritaire.

Et lorsque le bilan organique de l’exploitation ne permet pas de restituer suffisamment de matière, un apport extérieur peut compléter la stratégie.

Les amendements organiques Orgamebo peuvent notamment apporter de la matière organique stable et être adaptés, selon le produit, avec des éléments NPK ou des oligo-éléments.

Ne commencez pas par une pratique. Commencez par le problème que vous voulez résoudre.

Agriculture régénérative : penser en années plutôt qu’en campagnes

La régénération d’un sol est progressive.

Une rotation plus diversifiée, davantage de racines, des restitutions organiques et un travail du sol adapté ne produisent pas tous leurs effets immédiatement.

C’est leur combinaison et leur répétition qui peuvent modifier progressivement le fonctionnement de la parcelle.

Pour l’agriculteur, l’objectif reste très concret : un sol qui infiltre mieux l’eau, retient mieux les éléments, nourrit davantage son activité biologique et offre de bonnes conditions aux racines.

L’agriculture régénérative ne consiste donc pas à suivre une mode ou un cahier de recettes.

Observer. Mesurer. Adapter. Régénérer.